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Medias: L’info de qualité 100 % gratuite est un mythe

Auteur : Thomas Delavergne

Du : 09/09/2006

Source : http://lemague.net

Un long coup de gueule contre les internautes qui s’informent uniquement via des portails d’information gratuite issus des titres nationaux. Internet veut donner l’impression que le tout-gratuit est possible. Pour certains secteurs, il est possible de le croire. En ce qui concerne la presse de qualité, c’est un mythe. Féru de la blogosphère, je ne crache pas sur ce que l’on nomme le proto-journalisme (c’est-à-dire que chacun distille son information), mais cherche juste à lever une prise de conscience. Vitale pour la survie de la presse papier institutionnelle de qualité.


Pour beaucoup, le web a changé le cours de nos vies. Le besoin d’aller consulter les mails plusieurs fois par jour est devenu un acte anodin. Les patrons ont vite compris que le PDF était une solution plus prompte et économique que le coursier. Les marchands du sexe proposent même des peep-show à la maison ; plus besoin de justifier ses absences auprès de Bobonne...En somme, Internet est devenu un substitut virtuel au plaisir réel.

L’invention de Ted Nelson a aussi la vocation de rassurer. Prenons l’exemple d’une discussion entre amis, à propos d’un artiste ou d’une marque dont on n’a juste entendu parler. Il y a toujours quelqu’un pour lancer : « j’irai vérifier sur google ». Comme si ce cher robot nous donnait automatiquement l’accès à la vérité. Et , qui plus est, tout cela gratuitement ! L’utilisateur omettant presque inconsciemment qu’il paye un abonnement mensuel à un fournisseur d’accès. Fournisseur d’accès, bug - bogue, pour faire plaisir nos chers Académiciens français -, modem, buzz. Une sémantique propre au nouveau medium est né. Le terme « fournisseur d’accès », encore plus flagrant dans son appellation anglaise (« provider »), montre à quel point ces gentilles entreprises nous « fournissent » l’accès à un monde complémentaire. Notamment à celui de l’information. Et c’est à ce niveau que le bas blesse, et que je commence à m’énerver contre l’utilisateur lambda de la défense des libertés qui tue justement ces dernières, au nom du tout-gratuit qui envahit le web.

Nombreux sont les utilisateurs de sites d’information de quotidiens papiers proposant des grilles de lectures gratuites, tel que liberation.fr, qui ne vont jamais l’acheter en kiosque. « Ils le proposent gratuitement, je vois pas pourquoi j’irai claquer 1.20€ », est l’argumentaire type. Les plus vicieux vous diront : « tu sais, j’ai pas le temps de lire le journal alors je prends que ce qui me plaît. » Parce que vous croyez qu’un lecteur « papier » a plus de temps qu’un internaute ? Des études de lectorat démontrent que la durée moyenne passée sur un journal oscille entre 15 et 25 minutes. D’où le nom du quotidien 20 minutes. Avec Metro, ces gratuits truffés d’agences de presse mangent les parts de marché publicitaire de grands titres. Une captation qui s’ajoute à une baisse de diffusion, avec pour conséquence directe sur l’info de qualité, une crise plus grave que vous l’imaginez.

Début septembre, Le Monde a dû augmenter de 10 centimes son prix pour arriver à 1.30 €. On peut craindre le pire dans la perte de diffusion, mais la refonte de leur mise en page et éditoriale l’expliquent aussi, sans oublier l’augmentation des frais d’essence, de salaires et de papiers. Le Figaro a lui aussi augmenté en juillet. J’ai conscience que cela représente un coup élevé, mais contrairement à ce que pense les consommateurs radins d’info en ligne, c’est que l’information représente un coût financier élevé.

Quand Libération sort une note de service de Guantanamo, c’est un travail de longue haleine. Ce n’est pas un bandeau publicitaire qui financera les charges d’un journaliste. Toutefois, en octobre 2005, lors d’une conférence donnée à l’ICM, (école de journalisme d’Echirolles-Grenoble, treizième école de France reconnue par la profession), Ludovic Blécher - journaliste à Liberation et pour son site web - précisait que sans son site web, le journal référence de la gauche hexagonale aurait perdu un million d’euros supplémentaire. J’espère que vous comprendrez que j’ai conscience de la nécessité de ce nouveau support. Il faut vivre avec son temps. L’instantanéité que procure la presse en ligne - nouveau concurrent des radios - s’avère être un complément parfait aux analyses que peut procurer la version papier, du fait du temps supplémentaire permis par ce medium.

Mon coup de gueule ne se porte donc pas contre la presse gratuite et en ligne que mais contre le lecteur consommateur. Acheter deux à trois fois par semaine un journal revient au prix d’une bière dans un café parisien un peu bobo. Soit 3.50€. Le prix de la sauvegarde du contre-pouvoir politique, qui fait la force d’une démocratie. Puis, admettez que la lecture sur support papier est cent fois plus agréable que sur un écran. Non ? Que l’on soit à Montréal, Paris, NYC ou Tahiti, se poser dans un coin de verdure ou de Béton et lire son canard, n’est-ce pas magique ?

Je tiens tout de même à préciser que je suis cependant un fervent défenseur de la blogosphère. Face à cette presse institutionnelle payante, indispensable à mes yeux, il est tout aussi important que les utilisateurs d’internet qui ne sont pas journalistes joue un rôle dans la diffusion de l’information... gratuite. A mes yeux, les blogs assurent le non-formatage d’un journalisme traditionnel qui aurait tendance, si on ne le secoue pas, à tomber dans l’uniformisation.





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