Télécommunications
France Telecom. Cap au nord
Auteur : Frédéric Paya
Du : 13/06/2008
Didier Lombard, le président de France Telecom, veut s’emparer du scandinave TeliaSonera. Les investisseurs craignent une explosion de l’endettement.
Huit ans après avoir mis fin brutalement à sa boulimie d’acquisitions et échappé de peu à la faillite,France Telecom repart à l’assaut de l’Europe.Le 5 juin, l’opérateur a déposé un projet d’offre amicale d’achat de 32 milliards d’euros auprès du groupe de télécommunications scandinave TeliaSonera. Ce groupe est détenu à 37,3 % par l’État suédois et à 13,7 % par l’État finlandais.
La cible n’a guère surpris : le 15 avril, l’opérateur avait reconnu s’intéresser à son homologue d’Europe du Nord. En revanche, la persistance de France Telecom à vouloir lancer cette opération (et à le faire) en a inquiété plus d’un : depuis le 14 avril, l’opérateur a perdu 20 % de sa valeur en Bourse, dont la moitié depuis l’annonce officielle. En un mois et demi, il a effacé deux ans de hausse. Les investisseurs craignent le retour d’un vieux démon chez France Telecom: l’endettement… Pour financer l’acquisition de TeliaSonera, France Telecom devrait en effet emprunter 17 milliards d’euros. Didier Lombard, président et sauveur de France Telecom, viendrait-il de faire son premier faux pas ? Mais cette opération, si elle se fait, permettra aussi à l’opérateur de s’émanciper un peu plus de la tutelle de l’État français aujourd’hui actionnaire à hauteur de 27,4 %. Ne pouvant pas suivre, il verra sa participation diluée.
La réponse du groupe scandinave ne s’est pas fait attendre. Avant même le début de la conférence de presse téléphonique organisée le 5 juin par France Telecom pour expliquer les modalités de l’opération,TeliaSonera opposait une fin de non-recevoir. « Le prix sousévalue le potentiel de la société », explique Tom von Weymarn, président de TeliaSonera. « Il s’agit d’une position normale à ce stade de discussion… La situation n’est pas bloquée », estime Didier Lombard, qui inscrit cette opération « dans le cadre d’un mouvement de consolidation européenne inéluctable ».
Consolidation européenne ? Le président de France Telecom aurait pu parler de consolidation mondiale : depuis deux semaines, le secteur des télécommunications connaît une vague de concentration avec quatre opérations déjà États-Unis, le groupe Verizon Wireless (propriété de Verizon et de Vodafone) s’est offert son concurrent Alltel pour 28 milliards de dollars payés cash. En Inde, Reliance Communications est entré en discussion avec le spécialiste sud-africain de la téléphonie mobile MTN.En Asie, China Unicom, le deuxième opérateur de téléphonie mobile du pays, a annoncé sa fusion avec China Netcom, spécialiste de la téléphonie fixe, pour 24 milliards de dollars. Cette semaine encore, l’opérateur français Free négocierait avec Telecom Italia, l’acquisition d’Alice pour 800 millions d’euros (lire notre encadré page suivante).
En six mois, les opérateurs mondiaux ont investi près de 150 milliards de dollars pour acheter leurs concurrents. Dans le Village numérique mondial, la deuxième vie des réseaux, un livre écrit par Didier Lombard et édité en mai 2008, le président de France Telecom commente cette vague de concentrations. « La crise des subprimes a mis un terme aux fusions-acquisitions tous secteurs confondus à l’exception notable de celui des télécommunications, explique-t-il. Les liquidités mondiales encore abondantes ont tendance à se réfugier dans le secteur des télécommunications, tant il apparaît aujourd’hui solide et défensif pour les investisseurs, en raison notamment de son éloignement du secteur bancaire. »
Pour les opérateurs, fusionner est le moyen de trouver de nouveaux relais de croissance. « Dans les pays matures, les acteurs sont à la recherche d’une taille critique, que ce soit en termes d’innovation ou d’achat, explique Didier Lombard.Ensuite, chacun s’efforce d’aller chercher la croissance dans les pays émergents en profitant d’abord de la vague des mobiles, puis de celle d’Internet. »
Hier confrontés au déclin de leur activité historique, la téléphonie fixe, les opérateurs historiques commencent à souffrir de la saturation du marché de téléphonie mobile : en Europe de l’Ouest et dans les pays scandinaves, le taux de pénétration du mobile est de 107 %. (Il y a plus de téléphones mobiles que d’habitants.) Le secteur a évolué au fur et à mesure des avancées technologiques : selon le président de France Telecom, le monde des télécommunications est passé en quelques années d’un système “à deux couches” (équipementiers et réseaux) à un système “multicouche”(équipementiers, réseaux, fournisseurs de services et fournisseurs de contenus). Cela s’est traduit par l’apparition de nouveaux entrants comme Yahoo!, google et Apple. D’abord étrangers au monde des opérateurs de télécommunications, ils sont arrivés avec un nouveau modèle économique proposant de nouveaux services gratuits, financés en partie par la publicité. Dès lors, les opérateurs ont été contraints de se rapprocher d’autres acteurs du secteur pour augmenter la base de clients et avoir un accès direct à l’abonné final.Le but ? Proposer une palette de services élargie (vidéo à la demande, télévision,musique, etc.) et augmenter le nombre d’activités, et donc le chiffre d’affaires. C’est la maîtrise des tuyaux et des contenus, autrement appelé la convergence, et prophétisée par Jean- Marie Messier.
Jusqu’à présent, France Telecom a adopté cette stratégie pour pallier la baisse de l’activité téléphonie fixe. À la fin de 2006, le groupe a fondé Studio 37, une filiale d’investissement dans le cinéma, il a aussi créé un bouquet de chaînes payantes et également acquis une partie des droits de retransmission des matchs de football de Ligue 1. Après les contenus, France Telecom revient maintenant aux tuyaux.
Pour Didier Lombard, l’opération sur TeliaSonera permettra à son groupe d’atteindre une taille critique en devenant le leader mondial des services convergents de communication. Elle donnera naissance au quatrième opérateur mondial dans la téléphonie fixe ; il se placera au troisième rang mondial à la fois dans la téléphonie mobile et dans les services d’accès à Internet haut débit. Son chiffre d’af- faires,63 milliards de dollars, placera le nouvel ensemble derrière AT&T (87 milliards dollars), Verizon (68 milliards),NTT (67 milliards), et à égalité avec le grand rival européen de toujours, Deutsche Telekom.
“Il n’est jamais bon de faire une acquisition en haut de cycle”
Le président de France Telecom rêve d’un groupe fort de 237 millions d’abonnés (168 millions dans le mobile et 69 millions dans Internet haut débit), présent dans plus de trente pays. Ce rapprochement présenterait l’intérêt de n’offrir que très peu de recoupements géographiques.« C’est un moyen d’équilibrer les risques », reconnaît Gervais Pellissier, directeur financier de France Telecom. Les deux groupes se sont développés sur des territoires différents : l’opérateur français en Europe de l’Ouest et en Afrique,Telia- Sonera en Europe du Nord et en Europe de l’Est. Seul pays où les deux groupes sont présents, l’Espagne. Sur les trois quarts de ses marchés, le nouveau groupe y serait numéro un.
Avec une telle taille critique, France Telecom table sur des économies substantielles pour les investissements à réaliser dans les réseaux, les achats de terminaux mobiles et les dépenses informatiques. « La taille est essentielle dans les négociations avec les équipementiers », assure Gervais Pellissier. Selon le groupe français, les synergies devraient se monter à 1 % du chiffre d’affaires annuel, soit 630 millions d’euros.Le rapprochement avec Telia- Sonera permettra, d’après le directeur financier de France Telecom,un quasidoublement de la marge opérationnelle, un triplement des cash-flows et une augmentation du bénéfice par action.
Bon nombre d’analystes ne partagent pas l’enthousiasme de France Telecom. « Il y a un risque en termes d’intégration et d’exécution du processus de rapprochement, estime Benoît Flamant, directeur général d’IT Asset Management. Il est extrêmement compliqué de fusionner des opérateurs nationaux forts. » Les synergies espérées pourraient être bien plus difficiles à atteindre que ne le prévoit l’opérateur. TeliaSonera, né de la fusion de Telia et de Sonera en 2002, est aujourd’hui un groupe complètement restructuré ; il sera très difficile de trouver où faire des économies supplémentaires.
D’autres spécialistes du secteur des télécommunications se posent des questions sur le timing de cette opération. « Est-ce le bon moment pour vouloir se rapprocher de TeliaSonera ? se demande Serge Blanchard, vice-président d’Estin & Co, cabinet de conseil en stratégie. Le secteur des télécommunications est en haut de cycle et il n’est jamais bon de faire une acquisition majeure à ce moment du cycle. »Pour le consultant, il y aurait un risque non négligeable de destruction de valeur pour l’actionnaire de France Telecom.
« Par ailleurs, poursuit Serge Blanchard, est-il raisonnable de payer aussi cher une acquisition qui donne à France Telecom un accès aux marchés matures d’Europe du Nord où la croissance est quasiment nulle et où la facturation moyenne par abonné va diminuer inexorablement à l’image de ce qui s’observe au Japon ? Le groupe français pourra certes se lancer sur les pays émergents d’Europe de l’Est.Mais ne serait-il pas plus judicieux de se concentrer uniquement sur les marchés qui croissent annuellement de 20 à 30 % comme l’Afrique du Sud, l’Inde ou la Chine ? »
Face au refus de TeliaSonera et à la réaction négative des marchés financiers, France Telecom pourrait bien retirer son offre si le titre continuait à dévisser en Bourse.Gervais Pellissier l’a laissé entendre dans un entretien donné au Journal du dimanche :«Nous sommes convaincus que ce projet a du sens pour les deux groupes, mais il n’est pas indispensable pour nous. » 32 milliards d’euros pour quelque chose de non indispensable, cela commence à faire cher ! Didier Lombard s’est donné quinze jours pour convaincre les actionnaires de TeliaSonera de l’intérêt d’une telle opération amicale.
Internet. Free fait les yeux doux à Alice
La guerre que se livrent Neuf Cegetel et Free pour avoir la seconde place d’Internet haut débit en France vient de connaître un rebondissement.
iliad,la maison mère de Free,serait entré en négociation exclusive avec Telecom Italia,la maison mère d’Alice, pour lui acheter sa filiale française. Il ravirait ainsi la “belle blonde” à Numéricable et à Neuf Cegetel. Les deux groupes se voyaient déjà convoler en justes noces avec Alice.
Si Telecom Italia accepte l’offre de 800 millions d’euros formulée par iliad, celle-ci changera alors radicalement de stratégie. En effet, pour grossir,elle a toujours préféré recourir à la croissance interne que faire des acquisitions.
Avec l’apport des 954 000 abonnés d’Alice,Free verra sa part de marché passer de 19,6 à 25,7 % en France.Le fournisseur d’accès redeviendra alors le second acteur français d’Internet haut débit, derrière Orange. La filiale de France Telecom possède aujourd’hui près de la moitié de ce marché.
Free pourrait être amené à restructurer son acquisition ; elle est déficitaire. Au premier trimestre, les comptes d’Alice étaient dans le rouge à hauteur de 75 millions d’euros. Mais dans la corbeille de la mariée, Free trouve également une activité de clientèle d’entreprise,un marché d’où il était jusqu’à présent absent.
Huit ans après avoir mis fin brutalement à sa boulimie d’acquisitions et échappé de peu à la faillite,France Telecom repart à l’assaut de l’Europe.Le 5 juin, l’opérateur a déposé un projet d’offre amicale d’achat de 32 milliards d’euros auprès du groupe de télécommunications scandinave TeliaSonera. Ce groupe est détenu à 37,3 % par l’État suédois et à 13,7 % par l’État finlandais.
La cible n’a guère surpris : le 15 avril, l’opérateur avait reconnu s’intéresser à son homologue d’Europe du Nord. En revanche, la persistance de France Telecom à vouloir lancer cette opération (et à le faire) en a inquiété plus d’un : depuis le 14 avril, l’opérateur a perdu 20 % de sa valeur en Bourse, dont la moitié depuis l’annonce officielle. En un mois et demi, il a effacé deux ans de hausse. Les investisseurs craignent le retour d’un vieux démon chez France Telecom: l’endettement… Pour financer l’acquisition de TeliaSonera, France Telecom devrait en effet emprunter 17 milliards d’euros. Didier Lombard, président et sauveur de France Telecom, viendrait-il de faire son premier faux pas ? Mais cette opération, si elle se fait, permettra aussi à l’opérateur de s’émanciper un peu plus de la tutelle de l’État français aujourd’hui actionnaire à hauteur de 27,4 %. Ne pouvant pas suivre, il verra sa participation diluée.
La réponse du groupe scandinave ne s’est pas fait attendre. Avant même le début de la conférence de presse téléphonique organisée le 5 juin par France Telecom pour expliquer les modalités de l’opération,TeliaSonera opposait une fin de non-recevoir. « Le prix sousévalue le potentiel de la société », explique Tom von Weymarn, président de TeliaSonera. « Il s’agit d’une position normale à ce stade de discussion… La situation n’est pas bloquée », estime Didier Lombard, qui inscrit cette opération « dans le cadre d’un mouvement de consolidation européenne inéluctable ».
Consolidation européenne ? Le président de France Telecom aurait pu parler de consolidation mondiale : depuis deux semaines, le secteur des télécommunications connaît une vague de concentration avec quatre opérations déjà États-Unis, le groupe Verizon Wireless (propriété de Verizon et de Vodafone) s’est offert son concurrent Alltel pour 28 milliards de dollars payés cash. En Inde, Reliance Communications est entré en discussion avec le spécialiste sud-africain de la téléphonie mobile MTN.En Asie, China Unicom, le deuxième opérateur de téléphonie mobile du pays, a annoncé sa fusion avec China Netcom, spécialiste de la téléphonie fixe, pour 24 milliards de dollars. Cette semaine encore, l’opérateur français Free négocierait avec Telecom Italia, l’acquisition d’Alice pour 800 millions d’euros (lire notre encadré page suivante).
En six mois, les opérateurs mondiaux ont investi près de 150 milliards de dollars pour acheter leurs concurrents. Dans le Village numérique mondial, la deuxième vie des réseaux, un livre écrit par Didier Lombard et édité en mai 2008, le président de France Telecom commente cette vague de concentrations. « La crise des subprimes a mis un terme aux fusions-acquisitions tous secteurs confondus à l’exception notable de celui des télécommunications, explique-t-il. Les liquidités mondiales encore abondantes ont tendance à se réfugier dans le secteur des télécommunications, tant il apparaît aujourd’hui solide et défensif pour les investisseurs, en raison notamment de son éloignement du secteur bancaire. »
Pour les opérateurs, fusionner est le moyen de trouver de nouveaux relais de croissance. « Dans les pays matures, les acteurs sont à la recherche d’une taille critique, que ce soit en termes d’innovation ou d’achat, explique Didier Lombard.Ensuite, chacun s’efforce d’aller chercher la croissance dans les pays émergents en profitant d’abord de la vague des mobiles, puis de celle d’Internet. »
Hier confrontés au déclin de leur activité historique, la téléphonie fixe, les opérateurs historiques commencent à souffrir de la saturation du marché de téléphonie mobile : en Europe de l’Ouest et dans les pays scandinaves, le taux de pénétration du mobile est de 107 %. (Il y a plus de téléphones mobiles que d’habitants.) Le secteur a évolué au fur et à mesure des avancées technologiques : selon le président de France Telecom, le monde des télécommunications est passé en quelques années d’un système “à deux couches” (équipementiers et réseaux) à un système “multicouche”(équipementiers, réseaux, fournisseurs de services et fournisseurs de contenus). Cela s’est traduit par l’apparition de nouveaux entrants comme Yahoo!, google et Apple. D’abord étrangers au monde des opérateurs de télécommunications, ils sont arrivés avec un nouveau modèle économique proposant de nouveaux services gratuits, financés en partie par la publicité. Dès lors, les opérateurs ont été contraints de se rapprocher d’autres acteurs du secteur pour augmenter la base de clients et avoir un accès direct à l’abonné final.Le but ? Proposer une palette de services élargie (vidéo à la demande, télévision,musique, etc.) et augmenter le nombre d’activités, et donc le chiffre d’affaires. C’est la maîtrise des tuyaux et des contenus, autrement appelé la convergence, et prophétisée par Jean- Marie Messier.
Jusqu’à présent, France Telecom a adopté cette stratégie pour pallier la baisse de l’activité téléphonie fixe. À la fin de 2006, le groupe a fondé Studio 37, une filiale d’investissement dans le cinéma, il a aussi créé un bouquet de chaînes payantes et également acquis une partie des droits de retransmission des matchs de football de Ligue 1. Après les contenus, France Telecom revient maintenant aux tuyaux.
Pour Didier Lombard, l’opération sur TeliaSonera permettra à son groupe d’atteindre une taille critique en devenant le leader mondial des services convergents de communication. Elle donnera naissance au quatrième opérateur mondial dans la téléphonie fixe ; il se placera au troisième rang mondial à la fois dans la téléphonie mobile et dans les services d’accès à Internet haut débit. Son chiffre d’af- faires,63 milliards de dollars, placera le nouvel ensemble derrière AT&T (87 milliards dollars), Verizon (68 milliards),NTT (67 milliards), et à égalité avec le grand rival européen de toujours, Deutsche Telekom.
“Il n’est jamais bon de faire une acquisition en haut de cycle”
Le président de France Telecom rêve d’un groupe fort de 237 millions d’abonnés (168 millions dans le mobile et 69 millions dans Internet haut débit), présent dans plus de trente pays. Ce rapprochement présenterait l’intérêt de n’offrir que très peu de recoupements géographiques.« C’est un moyen d’équilibrer les risques », reconnaît Gervais Pellissier, directeur financier de France Telecom. Les deux groupes se sont développés sur des territoires différents : l’opérateur français en Europe de l’Ouest et en Afrique,Telia- Sonera en Europe du Nord et en Europe de l’Est. Seul pays où les deux groupes sont présents, l’Espagne. Sur les trois quarts de ses marchés, le nouveau groupe y serait numéro un.
Avec une telle taille critique, France Telecom table sur des économies substantielles pour les investissements à réaliser dans les réseaux, les achats de terminaux mobiles et les dépenses informatiques. « La taille est essentielle dans les négociations avec les équipementiers », assure Gervais Pellissier. Selon le groupe français, les synergies devraient se monter à 1 % du chiffre d’affaires annuel, soit 630 millions d’euros.Le rapprochement avec Telia- Sonera permettra, d’après le directeur financier de France Telecom,un quasidoublement de la marge opérationnelle, un triplement des cash-flows et une augmentation du bénéfice par action.
Bon nombre d’analystes ne partagent pas l’enthousiasme de France Telecom. « Il y a un risque en termes d’intégration et d’exécution du processus de rapprochement, estime Benoît Flamant, directeur général d’IT Asset Management. Il est extrêmement compliqué de fusionner des opérateurs nationaux forts. » Les synergies espérées pourraient être bien plus difficiles à atteindre que ne le prévoit l’opérateur. TeliaSonera, né de la fusion de Telia et de Sonera en 2002, est aujourd’hui un groupe complètement restructuré ; il sera très difficile de trouver où faire des économies supplémentaires.
D’autres spécialistes du secteur des télécommunications se posent des questions sur le timing de cette opération. « Est-ce le bon moment pour vouloir se rapprocher de TeliaSonera ? se demande Serge Blanchard, vice-président d’Estin & Co, cabinet de conseil en stratégie. Le secteur des télécommunications est en haut de cycle et il n’est jamais bon de faire une acquisition majeure à ce moment du cycle. »Pour le consultant, il y aurait un risque non négligeable de destruction de valeur pour l’actionnaire de France Telecom.
« Par ailleurs, poursuit Serge Blanchard, est-il raisonnable de payer aussi cher une acquisition qui donne à France Telecom un accès aux marchés matures d’Europe du Nord où la croissance est quasiment nulle et où la facturation moyenne par abonné va diminuer inexorablement à l’image de ce qui s’observe au Japon ? Le groupe français pourra certes se lancer sur les pays émergents d’Europe de l’Est.Mais ne serait-il pas plus judicieux de se concentrer uniquement sur les marchés qui croissent annuellement de 20 à 30 % comme l’Afrique du Sud, l’Inde ou la Chine ? »
Face au refus de TeliaSonera et à la réaction négative des marchés financiers, France Telecom pourrait bien retirer son offre si le titre continuait à dévisser en Bourse.Gervais Pellissier l’a laissé entendre dans un entretien donné au Journal du dimanche :«Nous sommes convaincus que ce projet a du sens pour les deux groupes, mais il n’est pas indispensable pour nous. » 32 milliards d’euros pour quelque chose de non indispensable, cela commence à faire cher ! Didier Lombard s’est donné quinze jours pour convaincre les actionnaires de TeliaSonera de l’intérêt d’une telle opération amicale.
Internet. Free fait les yeux doux à Alice
La guerre que se livrent Neuf Cegetel et Free pour avoir la seconde place d’Internet haut débit en France vient de connaître un rebondissement.
iliad,la maison mère de Free,serait entré en négociation exclusive avec Telecom Italia,la maison mère d’Alice, pour lui acheter sa filiale française. Il ravirait ainsi la “belle blonde” à Numéricable et à Neuf Cegetel. Les deux groupes se voyaient déjà convoler en justes noces avec Alice.
Si Telecom Italia accepte l’offre de 800 millions d’euros formulée par iliad, celle-ci changera alors radicalement de stratégie. En effet, pour grossir,elle a toujours préféré recourir à la croissance interne que faire des acquisitions.
Avec l’apport des 954 000 abonnés d’Alice,Free verra sa part de marché passer de 19,6 à 25,7 % en France.Le fournisseur d’accès redeviendra alors le second acteur français d’Internet haut débit, derrière Orange. La filiale de France Telecom possède aujourd’hui près de la moitié de ce marché.
Free pourrait être amené à restructurer son acquisition ; elle est déficitaire. Au premier trimestre, les comptes d’Alice étaient dans le rouge à hauteur de 75 millions d’euros. Mais dans la corbeille de la mariée, Free trouve également une activité de clientèle d’entreprise,un marché d’où il était jusqu’à présent absent.
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