Gestion des risques | Management


Morgan Stanley, SocGen, Credit Suisse... qui sera le prochain Kerviel ?

Auteur : Vincent Degrez

Du : 24/06/2008

Source : http://trends.be

Morgan Stanley a enregistré 120 millions de dollars de pertes à cause de l'un de ses traders londoniens. Si le montant est sans comparaison avec les pertes essuyées par la Société Générale (4,9 milliards d'euros), l'affaire n'est pas sans rappeler le «trader fou» Jérôme Kerviel. Aucune banque ne semble à l'abri de telles fraudes.


Morgan Stanley n'avait pas besoin de son propre (petit) Kerviel... Un de ses traders londoniens se serait en effet rendu coupable de valorisation erronée de ses positions sur le marché des produits dérivés. Montant de la perte : 120 millions de dollars. On est donc bien loin des 4,9 milliards d'euros de pertes enregistrées par la Société Générale à cause de Jérôme Kerviel, au début de l'année.

Pourtant, cette annonce intervient au pire moment pour Morgan Stanley. Ses derniers résultats publiés ont largement déçu les analystes. Sans les gains importants dégagés de la vente d'actifs, le bénéfice net de la 2e banque d'affaires américaine en capitalisation boursière n'aurait pas été de 1 milliard de dollars. Il lui aurait même tout juste permis d'atteindre le seuil de rentabilité...

Plus encore : selon le Wall Street Journal, il faudrait davantage s'inquiéter de cette «erreur» d'un trader identifié via le patronyme «Matt Piper» que des résultats négatifs de Morgan Stanley. Car ses «mauvaises positions» ont apparemment vécu un trimestre sans être détectées.

«Nous trouvons cette révélation plutôt inquiétante, car elle indique, dans le chef de Morgan Stanley, un certain nombre de lacunes en termes de valorisation de ses positions, écrit dans une note David Hendler, analyste chez CreditSights (cité par MarketWatch). L'aptitude de la firme à contrôler ses traders n'est pas aussi solide et opportune que nous l'aurions espéré.»
Entre John Mack, CEO de Morgan Stanley, et le risque, c'est une relation amour/haine

Cette faiblesse illustre les sentiments ambivalents nourris par John Mack, CEO de Morgan Stanley, envers le risque. En tant qu'ex-trader en obligations, l'homme sait qu'on ne réalise pas de gros bénéfices sans paris risqués. En tant que CEO, il en vient parfois à haïr les conséquences de la prise de risque sur les résultats d'une firme financière...

En 2007, se souvient Heidi N. Moore sur le site duWSJ, il répondait ainsi à une question d'actionnaire : «Si nous prenons beaucoup de risques ? Oui. Je pense que cette entreprise a la capacité de prendre encore nettement plus de risques qu'elle ne l'a fait dans le passé.» Une ode aux traders d'avant-garde ? En novembre de la même année, John Mack poussait dehors la co-présidente Zoe Cruz, connue pour son amour du risque.
L'heure est désormais à la prudence - du moins officiellement. «On observe certainement un plus fort degré de vigilance qu'auparavant, confirme Peter Hahn, research fellow à la Cass Business School de Londres et ex-managing director chez Citigroup. Nous sommes dans un environnement où la prudence est davantage valorisée que les revenus.»
La Société Générale a ouvert le bal, suivie de Credit Suisse, Lehman Brothers et Merrill Lynch

Morgan Stanley n'est évidemment pas le premier à subir le contrecoup des agissements de «traders fous», ainsi que l'on qualifia Jérôme Kerviel suite à la révélation de la perte engendrée par son activité de courtage au sein de la Société Générale.

Credit Suisse a annoncé mi-février qu'elle excluait «une poignée» de courtiers après qu'une enquête interne eut révélé l'existence d'erreurs de gestion dans certaines activités de marché. Le 2e groupe bancaire helvétique a ainsi fait état d'une dépréciation d'actifs supplémentaires de 2,85 milliards de dollars (1,9 milliard d'euros) au premier trimestre.

Lehman Brothers, en mars, a suspendu deux traders londoniens. Des contrôles internes avaient identifié des «problèmes» dans certaines valorisations d'actions. Les sommes en jeu n'étaient toutefois «pas matérielles», précisa alors un porte-parole du groupe.

Merrill Lynch, en avril, a confirmé qu'il enquêtait sur un bureau de trading à Londres et avait suspendu un trader. Ce dernier aurait surévalué certains des dérivés d'action de la banque.

Pour se prémunir contre de telles fraudes, Deutsche Bank a adopté, le mois dernier, une politique forçant ses traders et certains de ses banquiers à prendre congé durant l'équivalent de 10 jours ouvrables consécutifs chaque année. Credit Suisse oblige tous ses employés à prendre cinq jours consécutifs off par an, quel que soit leur niveau de hiérarchie. Morgan Stanley, enfin, contraint ses traders et quelques autres salariés à prendre entre cinq et dix jours consécutifs de vacances, selon leur rôle et leur lieu géographique de travail.




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