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informatique : La prudence est de rigueur sur les services informatiques et les logiciels

Auteur : TABLE RONDE ANIMÉE PAR OLIVIER AUBERGER ET ROMAIN GUEUGNEAU

Du : 03/02/2009

Source : http://jdf.com

L'exercice 2009 sera difficile pour l'ensemble du secteur informatique. Mais les éditeurs de logiciels devraient redémarrer plus tôt


Nouvelle crise dans les services informatiques et les logiciels. Les perspectives se dégradent, les cours de Bourse s'effondrent... et les actionnaires trinquent. Le Journal des Finances a réuni des analystes financiers et des gérants de portefeuilles pour tenter d'y voir clair. Ils nous expliquent leurs principales inquiétudes et les motifs d'espoir.
LE JOURNAL DES FINANCES. Quelles leçons tirez-vous de 2008 ? De quels éléments dispose-t-on pour anticiper l'année 2009 ?
ERIC HAYOUN : Dans les services informatiques, les chiffres et les perspectives étaient encore bonnes il y a quelques mois. IBM a d'ailleurs fait état d'un bénéfice net en hausse en 2008, et prévoit encore une augmentation de son résultat cette année.
Accenture a aussi fait état d'une forte hausse de ses profits. Les perspectives n'ont été que légèrement revues en baisse. En revanche, dans les logiciels, les ventes de nouvelles licences sont déjà en repli sensible.
BRICE THÉBAUD : Le secteur reste très lié à l'évolution du PIB. La récession conduira donc à une baisse des dépenses dans les logiciels et les services informatiques en 2009. La situation sera plus délicate pour les éditeurs de logiciels cette année, mais ils devraient rebondir plus vite. Les services informatiques pourraient, quant à eux, décroître à nouveau en 2010, car ils sont l'un des derniers maillons de la chaîne dans la crise que nous traversons.
LAURENT DAURE : Dans les services informatiques, l'année 2008 a été meilleure que prévu. On attendait la crise dès l'été, et on observe en fait un ralentissement seulement depuis le mois de décembre. En 2009, les SSII devraient enregistrer un repli de 3 à 4 % de leur activité. Les évolutions seront très contrastées. Le conseil pourrait baisser de 10 % alors que l'infogérance progresserait de 2 à 3 %. En ce qui concerne les logiciels, l'année 2009 sera difficile. Les ventes de nouvelles licences vont fortement baisser.
JEAN-PHILIPPE HERVIEU : Les prévisions sont difficiles à établir pour 2009. La principale inquiétude réside dans les difficultés rencontrées dans le monde financier. Les banques représentent entre 20 et 25 % de l'activité du secteur. Aujourd'hui, la dynamique des projets n'est clairement plus là. Les activités de conseil et d'intégration de systèmes vont souffrir, sans aucun doute.

GAËL FAIJEAN : Je préfère ne pas donner de chiffres. J'observe simplement que les SSII ont absorbé une augmentation sensible de la masse salariale depuis 2002. Je ne pense pas qu'elles accepteront une baisse trop forte des prix des prestations.
LE JOURNAL DES FINANCES. Peut-on établir un parallèle avec l'explosion de la bulle Internet ?
GAËL FAIJEAN : La situation n'a rien à voir car il n'y avait pas de bulle avant l'éclatement de cette crise sur les services informatiques.

LAURENT DAURE : La crise actuelle a des causes très différentes de l'éclatement de la bulle Internet. En 2001 et 2002, la récession est arrivée à cause d'une chute des investissements. Le cycle est différent aujourd'hui : le recul de l'activité vient cette fois-ci de la consommation. De plus, les logiciels avaient bien résisté sur le plan des marges pendant la précédente crise. Nous ne savons pas si ce sera le cas cette fois. Aujourd'hui, la situation dans le secteur ressemble en fait davantage à celle qu'on a pu vivre en 1992-1993.
LE JOURNAL DES FINANCES. Dans ce contexte difficile, préférez-vous vous tourner vers des grandes ou des petites sociétés ?
ERIC HAYOUN : Nous sommes surtout investis dans des grosses sociétés. Notre fonds nous permet aussi d'acheter des actions moins liquides, mais il faut que nous ayons une forte conviction.

JEAN-PHILIPPE HERVIEU : Nous nous interdisons le risque. Nous privilégions aussi la liquidité des portefeuilles. Nous devons être à même de satisfaire les rachats des clients qui souhaitent sortir du fonds. C'est pourquoi nous nous intéressons seulement aux sociétés ayant une capitalisation supérieure à 500 millions d'euros. Le marché américain offre une plus grande variété de valeurs.

GAËL FAIJEAN : Nous sommes spécialisés dans les petites et moyennes valeurs. Certaines sociétés disposent de dirigeants de qualité ; c'est un critère de sélection important.

LAURENT DAURE : Je crains de mon côté que les petites valeurs du secteur ne soient boudées par le marché en 2009. Le redémarrage arrivera nécessairement par les grandes valeurs comme Capgemini ou SAP. Les gérants qui veulent jouer le secteur des SSII ou des logiciels se reportent en premier lieu sur ces titres.

LE JOURNAL DES FINANCES. Sur un plan boursier, à quel moment faudra-t-il revenir sur les services informatiques ou les logiciels ?
LAURENT DAURE : Le marché a eu un an et demi d'avance dans les services informatiques, un peu moins dans les logiciels. Le redémarrage boursier aura certainement lieu avant de se traduire vraiment dans les comptes. D'ailleurs, 2003 a été une excellente année boursière pour les SSII alors que beaucoup d'entre elles étaient encore convalescentes. Un redémarrage boursier est possible au second semestre 2009. Cela revient à anticiper un redémarrage de l'économie en 2010.

JEAN-PHILIPPE HERVIEU : Il reste difficile de déterminer une période précise. Nous ne pouvons pas nous fier aux valorisations pour le moment. En effet, la sous-valorisation n'est pas l'apanage de notre secteur, mais concerne l'ensemble du marché. Je m'attends à ce que le redémarrage se fasse en premier lieu sur les logiciels car les marges devraient mieux résister. Par ailleurs, certaines technologies d'avenir devraient passer la crise. Je pense à la virtualisation (VMware aux Etats-Unis) ou à la sécurité informatique.

ERIC HAYOUN : Rien n'empêche de jouer sur la volatilité des cours de Bourse.
Les écarts que l'on constate sur les marchés nous donnent de réelles opportunités sur quelques jours, voire sur une seule séance.
LE JOURNAL DES FINANCES. Que faut-il penser de l'arrivée de Thierry Breton aux commandes d'Atos Origin : quel crédit vont lui accorder les marchés ?

LAURENT DAURE : Les investisseurs attendront d'en savoir plus sur ce que Thierry Breton souhaite faire avec Atos Origin avant de revenir sur la valeur. Il doit faire ses preuves. Mais le marché pourrait bien être séduit rapidement. Thierry Breton est réputé pour être efficace dans les réductions de coûts. Il sait mettre une entreprise sous tension. Et c'est justement ce dont a besoin Atos Origin. De toute façon, le marché n'attend pas grand-chose de la société en termes de performances financières, en 2009. Paradoxalement, ça peut donc aider le cours de Bourse. Les gérants français ne sont pas convaincus pour l'instant ; les Anglo-Saxons le sont davantage.

ERIC HAYOUN : Thierry Breton sera aussi très efficace sur le plan commercial : il ne devrait pas avoir de mal à renouveler les contrats, d'autant qu'il possède un joli carnet d'adresses compte tenu de sa carrière passée. Il pourrait bien réussir à faire rêver la Bourse, comme il l'avait fait avec Thomson. Le problème porte davantage sur la vision stratégique de long terme pour le groupe.

LE JOURNAL DES FINANCES. Faut-il s'attendre à des plans de restructuration dans le secteur ? Comment seront-ils perçus par le marché ?

JEAN-PHILIPPE HERVIEU : Les éditeurs de logiciels sont entrés dans la crise il y a environ six mois. Ils ont déjà pris des mesures de restructuration pour faire face au ralentissement de l'activité. SAP vient encore d'annoncer plus de 3.000 suppressions de postes. Ce n'est pas encore le cas des sociétés de services informatiques.

LAURENT DAURE : Les plus grosses sociétés du secteur vont devoir annoncer des plans de restructuration. Capgemini a revu le sien à la hausse en 2008 : il dépassera les 100 millions d'euros. En 2009, ce sera encore plus important : près de 200 millions de restructurations peuvent être engagés. Le marché devrait bien accueillir ce genre de mesure, destinée à préserver les marges.

GAËL FAIJEAN : Les petites et moyennes SSII ne veulent pas couper dans leurs effectifs. Du moins, si elles peuvent éviter de remercier des ingénieurs, elles se tiendront à ce principe. Les SSII sont davantage prêtes à sacrifier leurs marges, afin de conserver des compétences dans le domaine de la création et de la production, et ainsi être opérationnelles pour le rebond éventuel de l'activité. Les SSII de petite taille ont eu beaucoup de mal à attirer de nouveau des talents après la phase de restructuration qui a suivi l'éclatement de la bulle Internet. Elles ne veulent pas renouveler les mêmes erreurs.

LE JOURNAL DES FINANCES. Le scandale Satyam remet-il en cause la stratégie de recours massif à des ingénieurs bon marché en Inde ou dans d'autres pays émergents ?

LAURENT DAURE : L'épisode des comptes truqués chez Satyam ne remet pas en cause, selon moi, le processus d'externalisation des activités de services informatiques dans les pays à faible coût de main-d'oeuvre. L'Inde n'est pas la seule destination possible : il y a également les pays du Maghreb, d'Europe de l'Est...

JEAN-PHILIPPE HERVIEU : D'autres pays sont aussi à ne pas négliger. Atos Origin est très bien implanté au Brésil, par exemple.

LAURENT DAURE : L'Inde demeure cependant la destination la plus low cost. La baisse de la demande devrait permettre de garder les salaires sous contrôle. Le gros de la clientèle de la SSII indienne Satyam était américaine. Seuls les groupes mondiaux comme Accenture ou éventuellement Capgemini peuvent récupérer des clients. Ce qui est remis en cause, c'est la capacité des entreprises indiennes à faire des acquisitions en Europe. En effet, les valorisations boursières des SSII indiennes ont lourdement chuté.

LE JOURNAL DES FINANCES. Dans quelle situation financière les sociétés du secteur abordent-elles la crise ? Quelles sont les priorités en termes de gestion financière ?

BRICE THÉBAUD : La préservation de la trésorerie me paraît être une préoccupation centrale. Je me demande s'il ne faut pas s'attendre à des baisses, voire à des suppressions de dividendes. C'est pour cela que je me montre prudent quand je vois les rendements anticipés par le consensus de marché. Par ailleurs, le discours de la majorité des sociétés est clair : les projets d'acquisitions sont gelés pour l'instant. De manière très marginale, on observe de petits rachats. C'est le cas pour les spécialistes de la recherche-développement.

LAURENT DAURE : Si certaines sociétés endettées coupent le dividende, cela sera bien perçu par le marché. Sur le plan des fusions-acquisitions, je ne m'attends, moi aussi, à aucune opération de grande ampleur. Tout le monde a peur de se lancer dans de grands projets.

JEAN-PHILIPPE HERVIEU : Il y a déjà eu beaucoup d'opérations de rapprochement ces dernières années. Une pause s'impose. Même si la situation financière des grands éditeurs de logiciels me paraît saine. Une société comme SAP n'a presque pas de dettes. Sur le plan de la gestion financière, il faut faire une dissociation parmi les entreprises du secteur : Microsoft ou Dassault Systèmes ont une faible probabilité de couper leurs dividendes. Cela serait mal interprété par les investisseurs.

GAËL FAIJEAN : Les moyennes entreprises veulent aussi préserver leur bilan. La première priorité, c'est le cash. De petites opérations sont encore possibles lorsqu'il existe des complémentarités géographiques. Nous venons d'en avoir la preuve avec Devoteam, qui a racheté un concurrent en Allemagne.

ERIC HAYOUN : Je vois au moins un point positif au contexte actuel. Le besoin en fonds de roulement va s'améliorer. En effet, la croissance va nettement ralentir, ce qui conduit à avoir moins de créances clients. L'amélioration du besoin en fonds de roulement est un élément positif pour la génération de la trésorerie.


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