Gestion des risques | Management
management : Dix grands patrons sous pression
Auteur : Vincent Beaufils
Du : 26/02/2009
La crise a mis à mal la stratégie de nos capitaines d'industrie. La Bourse les a sanctionnés. La rumeur les a déstabilisés. Pour l'instant, leurs conseils d'administration restent muets.
Pour les dirigeants de Natixis, la banque qui va annoncer les plus grosses pertes dans l'Hexagone cette année, il n'y a pas de surprise à se retrouver sur la sellette. Ils vivent d'ailleurs depuis des mois avec cette épée de Damoclès.
Pas davantage de scoop à voir Carlos Ghosn, président du directoire de Renault-Nissan, et Christian Streiff, celui de Peugeot Citroën, remis en cause à la tête d'entreprises automobiles qui traversent la bourrasque. Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, qui s'est soudain vu privée de son principal soutien par un courriel assassin du patron de Siemens, ne s'étonnera pas non plus d'être déstabilisée. Elle aussi s'y est habituée...
Mais pour des patrons comme Denis Ranque (Thales), Henri Proglio (Veolia Environnement) ou Baudouin Prot (BNP Paribas), c'est une nouveauté. Leur parcours jusqu'ici ne les avait pas accoutumés à une quelconque remise en cause. « Ils se trouvent dans la pire des situations, constate un de leurs administrateurs, qui a connu également les affres de la rumeur. Quand tout va mal, au moins, on sait contre quoi on se bat. Dans leur cas, c'est une situation idéale de déstabilisation menée par tous les faiseurs qui sont payés aux honoraires... »
Car ce qui est frappant dans ces trois situations, c'est combien les conseils d'administration sont muets. Celui de Thales n'a jamais débattu du départ éventuel de son PDG avant que son nom ne soit jeté en pâture à la presse par son nouvel actionnaire (Dassault). Au conseil de Veolia, personne ne s'est vraiment interrogé sur les raisons de la descente aux enfers du titre. A BNP Paribas, jamais un débat n'a eu lieu sur la nécessité ou non de procéder à une augmentation de capital, sujet qui est aujourd'hui amèrement reproché à Baudouin Prot.
Alors quand les marchés font monter la pression, avec les baisses de cours tragiques qui sont constatées (voir le graphique ci-dessous), c'est de l'extérieur que viennent les questions qui fâchent. Avec toutes les manoeuvres et les parties de billard à trois bandes que l'on peut imaginer. Ce n'est pas une raison pour ne pas les traiter.
Denis Ranque, PDG de Thales depuis 1998. Résultat net 2008 estimé : 617 millions d'euros (- 11,5%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Denis Ranque a beau affirmer qu'il « travaille étroitement » avec Dassault Aviation, qui s'apprête à racheter la part d'Alcatel-Lucent au capital de Thales, le futur actionnaire sait que le PDG a tenté d'éviter cette opération jusqu'au dernier moment. D'où sa tentation de convaincre l'Etat, coactionnaire de Thales, d'écourter son mandat, qui court jusqu'en 2010.
- Est-ce légitime ?
« Depuis mon arrivée, le groupe a triplé de taille et triplé de profits », plaide Denis Ranque. «Son parcours est remarquable», estime un administrateur qui renâclerait à le destituer, admettant toutefois « qu'il n'a pas le sens politique ». L'éviction de François Quentin, directeur de la division aéronautique de Thales, en qui Dassault Aviation voyait le successeur de Denis Ranque, a été perçue comme une provocation par le futur actionnaire.
- Qui pourrait le remplacer ?
« Oui, j'ai réfléchi à ma succession », affirme le PDG, sans citer de nom. En interne, Alexandre de Juniac, le directeur général pour l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient, serait bien placé pour lui succéder. A l'extérieur, les noms de Marwan Lahoud et Fabrice Brégier, tous deux d'EADS, sont mentionnés.
Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva depuis 1999. Résultat net 2008 estimé : 580 millions (- 22%).
- Pourquoi est-elle menacée ?
« Nous sommes très tristes », a déclaré la patronne d'Areva : le 20 janvier, un courriel laconique de Peter Löscher l'a prévenue que Siemens allait sortir d'Areva NP, leur filiale qui a développé l'EPR. Elle n'avait pas vu le coup venir.
- Est-ce légitime ?
En dévoilant que le client finlandais du premier EPR réclamait 2,4 milliards d'euros d'indemnités pour les retards accumulés, Peter Löscher a indirectement mis en cause la capacité managériale d'Anne Lauvergeon. Et accentué la pression financière sur Areva : il faudra verser au moins 2 milliards d'euros à Siemens pour le rachat de sa part, alors que le groupe a déjà besoin de 2 à 3 milliards de fonds propres.
- Qui pourrait la remplacer ?
Sarkozy a eu beau déclarer, vendredi 6 février à Flamanville, qu'«Areva, c'est l'exemple même, dans le nucléaire, de la réussite», il a aussi souligné qu'il faut «réfléchir aux partenariats industriels». Et vite ! C'est ce choix qui sera déterminant. Avec Bouygues et Alstom, c'est Patrick Kron qui prendrait les commandes. Dans d'autres schémas (Total, EDF), Anne Lauvergeon pourrait rester en place.
Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas depuis 2002. Résultat net 2008 estimé : 3 milliards (- 61,5%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Quand le meilleur élève de la classe rend une copie médiocre, la déception est immense. Jusqu'au mois de novembre, Baudouin Prot vantait les mérites de sa banque «qui ne connaît pas la crise». Le 14 décembre, BNP Paribas annonçait avoir une exposition de 350 millions d'euros sur Madoff et avoir perdu 1,4 milliard d'euros au quatrième trimestre 2008 dans sa banque d'investissement. Aujourd'hui, le rachat de Fortis semble vraiment compromis.
- Est-ce légitime ?
Ces «accidents» cumulés fragilisent Baudouin Prot. Si BNP Paribas renonçait in fine à Fortis, on l'accuserait volontiers d'avoir bouclé ce dossier trop vite. Ce serait occulter le parcours sans faute du dirigeant jusque-là, permettant notamment à la banque de dégager en 2007 un résultat historique de 7,8 milliards d'euros tout en évitant la nasse des subprimes.
- Qui pourrait le remplacer ?
S'il fallait tout de même sacrifier Baudouin Prot, son remplaçant est déjà désigné : Jean-Laurent Bonnafé, directeur général délégué et responsable de la banque de détail. «C'est beaucoup trop tôt, commente un banquier d'affaires. Jean-Laurent Bonnafé n'est pas prêt.»
Jean-Bernard Lafonta, président du directoire de Wendel depuis 2002. Résultat net 2008 estimé : 740 millions (- 16%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Jean-Bernard Lafonta a sans doute joué le coup de trop en s'offrant, en haut de cycle, 20% de Saint-Gobain. Certes, sa cible s'insérait bien dans la culture industrielle des héritiers des maîtres de forges. Mais la méthode, le mode de financement et le timing ont fini par transformer l'aventure en bérézina. L'acquisition s'est surtout faite en mobilisant une dette de plus de 5 milliards d'euros. «L'achat de Saint-Gobain, valeur industrielle cyclique, avec trop d'effet levier, au mauvais moment, a eu un triple effet négatif», résume Guillaume Jonchères, PDG de Cogefi Gestion. L'importance de la dette a obéré la visibilité sur Wendel, dont le cours de Bourse s'est effondré.
- Est-ce légitime ?
Jusqu'à l'automne 2007, cet X-Mines a effectué un sans-faute chez Wendel. Mais certains actionnaires ne décolèrent pas : ils attendent l'arrivée d'un troisième membre au directoire. Et pourtant, Jean- Bernard Lafonta a été confirmé il y a peu à son poste par le holding familial, la SLPS.
- Qui pourrait le remplacer ?
C'est du clan familial que pourrait venir le remplaçant. Le nom d'André François-Poncet, ex-Morgan Stanley, passé depuis dans le private equity, est souvent cité.
Henri Proglio, PDG de Veolia Environnement depuis 2000. Résultat net 2008 estimé : 780 millions (- 23%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Comment perdre 70% de sa valeur en Bourse quand on a quinze ans de chiffre d'affaires garantis devant soi ? C'est ce constat inexplicable qui fragilise Henri Proglio et a coûté son poste à Jérôme Contamine, le directeur général exécutif. Ayant fait sauter le fusible, responsable de deux profit warnings qui ont affolé les marchés, le PDG se retrouve désormais en première ligne.
- Est-ce légitime ?
Veolia a connu un exercice 2008 difficile, conjonction d'un hiver doux (mauvais pour le chauffage), d'un été pourri (mauvais pour la consommation d'eau) et de catastrophes naturelles. Mais ce sont surtout les 16 milliards d'euros de dettes qui plombent l'entreprise. Le conseil, avec quatre banquiers autour de la table, n'a pas eu la même vigilance que celui de Suez pour imposer le désendettement.
- Qui pourrait le remplacer ?
«Patron de Veolia, cela ne s'improvise pas», assure un administrateur qui soutient Henri Proglio tout en le poussant à «reprendre la main». Un joker en cas de malheur : Stéphane Richard, directeur du cabinet de Christine Lagarde, et ancien patron de Veolia Transport.
Christian Streiff, président du directoire de Peugeot Citroën depuis février 2007. Résultat net 2008 : - 343 millions.
- Pourquoi est-il menacé ?
En plus du violent choc infligé par la crise financière et économique, Christian Streiff doit faire face au départ de trois top managers depuis le mois de décembre dernier, et à la défiance d'une partie de la famille Peugeot liée aux suites d'un accident vasculaire cérébral. Il s'est également fait recadrer par le minisitère de l'Economie après une maladroite annonce de réduction d'emplois amorcée et connue depuis longtemps. Enfin, le patron rechigne à communiquer, même à l'intérieur du groupe, et donc à rassurer sur ses capacités à diriger le constructeur.
- Est-ce légitime ?
Il ne semble pas s'alarmer : «Dans ce genre de situation, on est assez concentré sur l'avenir de la société elle-même, sur les problèmes à résoudre», répondait-il sur RTL, le 10 février. Pour le moment, on n'a vu Streiff à l'oeuvre que sur la rationalisation du groupe : 1,4 milliard d'économies dégagées en 2008. Les modèles qu'il a initiés, dans le low-cost comme dans le haut de gamme, ne sont pas encore connus.
- Qui pourrait le remplacer ?
Philippe Varin, qui a redressé le sidérurgiste Corus, et se trouve disponible, est le candidat le plus naturel. Le nom de Denis Ranque circule également.
Carlos Ghosn, président de Nissan (depuis 2000) et de Renault (2005). Résultat net 2008 : 599 millions (- 78%) .
- Pourquoi est-il menacé ?
«La profondeur de la crise rend caducs les engagements de profitabilité et de croissance de Renault Contrat 2009.» De son propre aveu, Carlos Ghosn a mal choisi l'année-cible de 2009. A Nissan, il prévoit une perte nette de 2,2 milliards d'euros...
- Est-ce légitime ?
Cet échec a terni l'étoile du dieu vivant qui a sorti Nissan de la faillite. Mais ce qui préoccupe le conseil, c'est surtout son emploi du temps surchargé, sa double casquette de patron de Nissan et de Renault.
- Qui pourrait le remplacer ?
Patrick Pélata a été nommé directeur général délégué. Mais ce super-numéro deux ne suffi t pas aux administrateurs : ils veulent que le Ghosn qui a sauvé Nissan se mette à temps plein sur Renault. Tout en confirmant Toshiyuki Shiga numéro deux de Nissan, un poste de chief recovery officer (responsable du redressement) a été confié à Colin Dodge, responsable des zones Europe, Inde, Afrique et Chine.
Philippe Dupont et Dominique Ferrero, respectivement président du directoire et directeur général de Natixis depuis 2006. Résultat net 2008 estimé : - 2,5 milliards.
- Pourquoi sont-ils menacés ?
La filiale des Banques populaires et des Caisses d'épargne a été de tous les mauvais coups, et a déjà passé 1,5 milliard de provisions. Le 26 février, elle affichera les plus grosses pertes du secteur, sans doute 2,5 à 3 milliards. Au même moment, l'Elysée accroît la pression pour que la fusion entre les Caisses d'épargne et les Banques populaires soit annoncée à la fi n du mois.
- Est-ce légitime ?
Philippe Dupont, qui est aussi le patron du groupe Banques populaires, n'aurait jamais dû prendre les commandes, ne connaissant rien à la banque d'investissement. Dominique Ferrero n'a pas sorti la hache à temps pour céder des actifs. Mais ils gardent des soutiens aux banques populaires : « Nous sommes en guerre, ils sont dans la tranchée; il faudrait les laisser finir le combat », nuance un proche de Dupont.
- Qui pourrait les remplacer ?
Si l'Etat doit intervenir en direct au capital de Natixis, les têtes tomberont. Dans ce cas, Philippe Dupont aurait aussi grillé ses chances d'être le patron opérationnel de l'ensemble. Le profil idéal pour ce poste serait celui de Philippe Citerne, directeur général sortant de la Société générale, en mission de pompier volontaire. Pour Natixis, ce pourrait être Alain Papiasse (BNP Paribas) ou Marc-Antoine Autheman (ex-Crédit agricole Indosuez). Le nom de Stéphane Richard, directeur de cabinet de Lagarde, a disparu des radars de l'Elysée.
Guillaume Pepy, président de la SNCF depuis le 27 février 2008. Résultat net 2008 estimé : 290 millions (- 74%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Sarkozy n'a pas caché son courroux quand la direction de la SNCF a décidé de fermer la gare Saint-Lazare, le 13 janvier, à la suite d'une grève, laissant 550 000 Franciliens sur le carreau. Le lendemain, Luc Chatel annonçait que le chef de l'Etat, « très remonté », avait « demandé à la SNCF de s'excuser auprès de ses abonnés ».
- Est-ce légitime ?
« Au-delà des excuses qui vont de soi, il s'agit de faire en sorte que ce ne soit plus jamais comme ça », a reconnu Guillaume Pepy, sur France 2. Malgré son entregent et ses vingt ans de maison, le patron de la SNCF accumule les ennuis depuis sa nomination : ruptures de caténaires, bugs en ligne, incendie du tunnel sous la Manche...
- Qui pourrait le remplacer ?
Claude Guéant et Raymond Soubie auraient réussi à éviter le départ de Guillaume Pepy, le 13 janvier. Principal argument : les candidats crédibles ne sont pas légion. Il faudrait un Christian Blanc, déjà occupé, ou un Pierre Blayau.
Pour les dirigeants de Natixis, la banque qui va annoncer les plus grosses pertes dans l'Hexagone cette année, il n'y a pas de surprise à se retrouver sur la sellette. Ils vivent d'ailleurs depuis des mois avec cette épée de Damoclès.
Pas davantage de scoop à voir Carlos Ghosn, président du directoire de Renault-Nissan, et Christian Streiff, celui de Peugeot Citroën, remis en cause à la tête d'entreprises automobiles qui traversent la bourrasque. Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, qui s'est soudain vu privée de son principal soutien par un courriel assassin du patron de Siemens, ne s'étonnera pas non plus d'être déstabilisée. Elle aussi s'y est habituée...
Mais pour des patrons comme Denis Ranque (Thales), Henri Proglio (Veolia Environnement) ou Baudouin Prot (BNP Paribas), c'est une nouveauté. Leur parcours jusqu'ici ne les avait pas accoutumés à une quelconque remise en cause. « Ils se trouvent dans la pire des situations, constate un de leurs administrateurs, qui a connu également les affres de la rumeur. Quand tout va mal, au moins, on sait contre quoi on se bat. Dans leur cas, c'est une situation idéale de déstabilisation menée par tous les faiseurs qui sont payés aux honoraires... »
Car ce qui est frappant dans ces trois situations, c'est combien les conseils d'administration sont muets. Celui de Thales n'a jamais débattu du départ éventuel de son PDG avant que son nom ne soit jeté en pâture à la presse par son nouvel actionnaire (Dassault). Au conseil de Veolia, personne ne s'est vraiment interrogé sur les raisons de la descente aux enfers du titre. A BNP Paribas, jamais un débat n'a eu lieu sur la nécessité ou non de procéder à une augmentation de capital, sujet qui est aujourd'hui amèrement reproché à Baudouin Prot.
Alors quand les marchés font monter la pression, avec les baisses de cours tragiques qui sont constatées (voir le graphique ci-dessous), c'est de l'extérieur que viennent les questions qui fâchent. Avec toutes les manoeuvres et les parties de billard à trois bandes que l'on peut imaginer. Ce n'est pas une raison pour ne pas les traiter.
Denis Ranque, PDG de Thales depuis 1998. Résultat net 2008 estimé : 617 millions d'euros (- 11,5%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Denis Ranque a beau affirmer qu'il « travaille étroitement » avec Dassault Aviation, qui s'apprête à racheter la part d'Alcatel-Lucent au capital de Thales, le futur actionnaire sait que le PDG a tenté d'éviter cette opération jusqu'au dernier moment. D'où sa tentation de convaincre l'Etat, coactionnaire de Thales, d'écourter son mandat, qui court jusqu'en 2010.
- Est-ce légitime ?
« Depuis mon arrivée, le groupe a triplé de taille et triplé de profits », plaide Denis Ranque. «Son parcours est remarquable», estime un administrateur qui renâclerait à le destituer, admettant toutefois « qu'il n'a pas le sens politique ». L'éviction de François Quentin, directeur de la division aéronautique de Thales, en qui Dassault Aviation voyait le successeur de Denis Ranque, a été perçue comme une provocation par le futur actionnaire.
- Qui pourrait le remplacer ?
« Oui, j'ai réfléchi à ma succession », affirme le PDG, sans citer de nom. En interne, Alexandre de Juniac, le directeur général pour l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient, serait bien placé pour lui succéder. A l'extérieur, les noms de Marwan Lahoud et Fabrice Brégier, tous deux d'EADS, sont mentionnés.
Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva depuis 1999. Résultat net 2008 estimé : 580 millions (- 22%).
- Pourquoi est-elle menacée ?
« Nous sommes très tristes », a déclaré la patronne d'Areva : le 20 janvier, un courriel laconique de Peter Löscher l'a prévenue que Siemens allait sortir d'Areva NP, leur filiale qui a développé l'EPR. Elle n'avait pas vu le coup venir.
- Est-ce légitime ?
En dévoilant que le client finlandais du premier EPR réclamait 2,4 milliards d'euros d'indemnités pour les retards accumulés, Peter Löscher a indirectement mis en cause la capacité managériale d'Anne Lauvergeon. Et accentué la pression financière sur Areva : il faudra verser au moins 2 milliards d'euros à Siemens pour le rachat de sa part, alors que le groupe a déjà besoin de 2 à 3 milliards de fonds propres.
- Qui pourrait la remplacer ?
Sarkozy a eu beau déclarer, vendredi 6 février à Flamanville, qu'«Areva, c'est l'exemple même, dans le nucléaire, de la réussite», il a aussi souligné qu'il faut «réfléchir aux partenariats industriels». Et vite ! C'est ce choix qui sera déterminant. Avec Bouygues et Alstom, c'est Patrick Kron qui prendrait les commandes. Dans d'autres schémas (Total, EDF), Anne Lauvergeon pourrait rester en place.
Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas depuis 2002. Résultat net 2008 estimé : 3 milliards (- 61,5%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Quand le meilleur élève de la classe rend une copie médiocre, la déception est immense. Jusqu'au mois de novembre, Baudouin Prot vantait les mérites de sa banque «qui ne connaît pas la crise». Le 14 décembre, BNP Paribas annonçait avoir une exposition de 350 millions d'euros sur Madoff et avoir perdu 1,4 milliard d'euros au quatrième trimestre 2008 dans sa banque d'investissement. Aujourd'hui, le rachat de Fortis semble vraiment compromis.
- Est-ce légitime ?
Ces «accidents» cumulés fragilisent Baudouin Prot. Si BNP Paribas renonçait in fine à Fortis, on l'accuserait volontiers d'avoir bouclé ce dossier trop vite. Ce serait occulter le parcours sans faute du dirigeant jusque-là, permettant notamment à la banque de dégager en 2007 un résultat historique de 7,8 milliards d'euros tout en évitant la nasse des subprimes.
- Qui pourrait le remplacer ?
S'il fallait tout de même sacrifier Baudouin Prot, son remplaçant est déjà désigné : Jean-Laurent Bonnafé, directeur général délégué et responsable de la banque de détail. «C'est beaucoup trop tôt, commente un banquier d'affaires. Jean-Laurent Bonnafé n'est pas prêt.»
Jean-Bernard Lafonta, président du directoire de Wendel depuis 2002. Résultat net 2008 estimé : 740 millions (- 16%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Jean-Bernard Lafonta a sans doute joué le coup de trop en s'offrant, en haut de cycle, 20% de Saint-Gobain. Certes, sa cible s'insérait bien dans la culture industrielle des héritiers des maîtres de forges. Mais la méthode, le mode de financement et le timing ont fini par transformer l'aventure en bérézina. L'acquisition s'est surtout faite en mobilisant une dette de plus de 5 milliards d'euros. «L'achat de Saint-Gobain, valeur industrielle cyclique, avec trop d'effet levier, au mauvais moment, a eu un triple effet négatif», résume Guillaume Jonchères, PDG de Cogefi Gestion. L'importance de la dette a obéré la visibilité sur Wendel, dont le cours de Bourse s'est effondré.
- Est-ce légitime ?
Jusqu'à l'automne 2007, cet X-Mines a effectué un sans-faute chez Wendel. Mais certains actionnaires ne décolèrent pas : ils attendent l'arrivée d'un troisième membre au directoire. Et pourtant, Jean- Bernard Lafonta a été confirmé il y a peu à son poste par le holding familial, la SLPS.
- Qui pourrait le remplacer ?
C'est du clan familial que pourrait venir le remplaçant. Le nom d'André François-Poncet, ex-Morgan Stanley, passé depuis dans le private equity, est souvent cité.
Henri Proglio, PDG de Veolia Environnement depuis 2000. Résultat net 2008 estimé : 780 millions (- 23%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Comment perdre 70% de sa valeur en Bourse quand on a quinze ans de chiffre d'affaires garantis devant soi ? C'est ce constat inexplicable qui fragilise Henri Proglio et a coûté son poste à Jérôme Contamine, le directeur général exécutif. Ayant fait sauter le fusible, responsable de deux profit warnings qui ont affolé les marchés, le PDG se retrouve désormais en première ligne.
- Est-ce légitime ?
Veolia a connu un exercice 2008 difficile, conjonction d'un hiver doux (mauvais pour le chauffage), d'un été pourri (mauvais pour la consommation d'eau) et de catastrophes naturelles. Mais ce sont surtout les 16 milliards d'euros de dettes qui plombent l'entreprise. Le conseil, avec quatre banquiers autour de la table, n'a pas eu la même vigilance que celui de Suez pour imposer le désendettement.
- Qui pourrait le remplacer ?
«Patron de Veolia, cela ne s'improvise pas», assure un administrateur qui soutient Henri Proglio tout en le poussant à «reprendre la main». Un joker en cas de malheur : Stéphane Richard, directeur du cabinet de Christine Lagarde, et ancien patron de Veolia Transport.
Christian Streiff, président du directoire de Peugeot Citroën depuis février 2007. Résultat net 2008 : - 343 millions.
- Pourquoi est-il menacé ?
En plus du violent choc infligé par la crise financière et économique, Christian Streiff doit faire face au départ de trois top managers depuis le mois de décembre dernier, et à la défiance d'une partie de la famille Peugeot liée aux suites d'un accident vasculaire cérébral. Il s'est également fait recadrer par le minisitère de l'Economie après une maladroite annonce de réduction d'emplois amorcée et connue depuis longtemps. Enfin, le patron rechigne à communiquer, même à l'intérieur du groupe, et donc à rassurer sur ses capacités à diriger le constructeur.
- Est-ce légitime ?
Il ne semble pas s'alarmer : «Dans ce genre de situation, on est assez concentré sur l'avenir de la société elle-même, sur les problèmes à résoudre», répondait-il sur RTL, le 10 février. Pour le moment, on n'a vu Streiff à l'oeuvre que sur la rationalisation du groupe : 1,4 milliard d'économies dégagées en 2008. Les modèles qu'il a initiés, dans le low-cost comme dans le haut de gamme, ne sont pas encore connus.
- Qui pourrait le remplacer ?
Philippe Varin, qui a redressé le sidérurgiste Corus, et se trouve disponible, est le candidat le plus naturel. Le nom de Denis Ranque circule également.
Carlos Ghosn, président de Nissan (depuis 2000) et de Renault (2005). Résultat net 2008 : 599 millions (- 78%) .
- Pourquoi est-il menacé ?
«La profondeur de la crise rend caducs les engagements de profitabilité et de croissance de Renault Contrat 2009.» De son propre aveu, Carlos Ghosn a mal choisi l'année-cible de 2009. A Nissan, il prévoit une perte nette de 2,2 milliards d'euros...
- Est-ce légitime ?
Cet échec a terni l'étoile du dieu vivant qui a sorti Nissan de la faillite. Mais ce qui préoccupe le conseil, c'est surtout son emploi du temps surchargé, sa double casquette de patron de Nissan et de Renault.
- Qui pourrait le remplacer ?
Patrick Pélata a été nommé directeur général délégué. Mais ce super-numéro deux ne suffi t pas aux administrateurs : ils veulent que le Ghosn qui a sauvé Nissan se mette à temps plein sur Renault. Tout en confirmant Toshiyuki Shiga numéro deux de Nissan, un poste de chief recovery officer (responsable du redressement) a été confié à Colin Dodge, responsable des zones Europe, Inde, Afrique et Chine.
Philippe Dupont et Dominique Ferrero, respectivement président du directoire et directeur général de Natixis depuis 2006. Résultat net 2008 estimé : - 2,5 milliards.
- Pourquoi sont-ils menacés ?
La filiale des Banques populaires et des Caisses d'épargne a été de tous les mauvais coups, et a déjà passé 1,5 milliard de provisions. Le 26 février, elle affichera les plus grosses pertes du secteur, sans doute 2,5 à 3 milliards. Au même moment, l'Elysée accroît la pression pour que la fusion entre les Caisses d'épargne et les Banques populaires soit annoncée à la fi n du mois.
- Est-ce légitime ?
Philippe Dupont, qui est aussi le patron du groupe Banques populaires, n'aurait jamais dû prendre les commandes, ne connaissant rien à la banque d'investissement. Dominique Ferrero n'a pas sorti la hache à temps pour céder des actifs. Mais ils gardent des soutiens aux banques populaires : « Nous sommes en guerre, ils sont dans la tranchée; il faudrait les laisser finir le combat », nuance un proche de Dupont.
- Qui pourrait les remplacer ?
Si l'Etat doit intervenir en direct au capital de Natixis, les têtes tomberont. Dans ce cas, Philippe Dupont aurait aussi grillé ses chances d'être le patron opérationnel de l'ensemble. Le profil idéal pour ce poste serait celui de Philippe Citerne, directeur général sortant de la Société générale, en mission de pompier volontaire. Pour Natixis, ce pourrait être Alain Papiasse (BNP Paribas) ou Marc-Antoine Autheman (ex-Crédit agricole Indosuez). Le nom de Stéphane Richard, directeur de cabinet de Lagarde, a disparu des radars de l'Elysée.
Guillaume Pepy, président de la SNCF depuis le 27 février 2008. Résultat net 2008 estimé : 290 millions (- 74%).
- Pourquoi est-il menacé ?
Sarkozy n'a pas caché son courroux quand la direction de la SNCF a décidé de fermer la gare Saint-Lazare, le 13 janvier, à la suite d'une grève, laissant 550 000 Franciliens sur le carreau. Le lendemain, Luc Chatel annonçait que le chef de l'Etat, « très remonté », avait « demandé à la SNCF de s'excuser auprès de ses abonnés ».
- Est-ce légitime ?
« Au-delà des excuses qui vont de soi, il s'agit de faire en sorte que ce ne soit plus jamais comme ça », a reconnu Guillaume Pepy, sur France 2. Malgré son entregent et ses vingt ans de maison, le patron de la SNCF accumule les ennuis depuis sa nomination : ruptures de caténaires, bugs en ligne, incendie du tunnel sous la Manche...
- Qui pourrait le remplacer ?
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