Gestion des risques | Management
gestion des risques : Pourquoi Obama laisse Chrysler tomber en faillite...
Auteur : Vincent Degrez
Du : 10/05/2009
Et pourquoi les hedge funds créanciers du constructeur auto ont joué la même carte. L'administration Obama poursuit un objectif unique : créer un «nouveau Chrysler» totalement transfiguré, apte à rejouer un rôle de poids sur la scène internationale. Quant aux fonds spéculatifs, ils espèrent récupérer davantage d'argent, tout simplement.
Le Trésor américain avait fait une nouvelle et ultime offre aux créanciers de Chrysler mercredi soir : ils abandonnaient leurs droits sur 6,9 milliards de dollars de dette sécurisée, en contrepartie du versement de 2,25 milliards de dollars en cash, contre 2 milliards auparavant.
Tandis que les quatre grandes banques américaines concernées - JPMorgan Chase, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley - acceptaient ces conditions, les plus petits créanciers du constructeur auto les ont apparemment refusées jusqu'au bout. Parmi eux, des hedge funds, notamment Oppenheimer Funds, Xerion Capital Fund (groupe Perella Weinberg Partners) et Stairway Cap Management.
Certains fonds spéculatifs pensent sans doute qu'ils s'en sortiront mieux avec un dépôt de bilan ou une vente d'actifs de Chrysler qu'avec un tel renflouement, estime Sheldon Stone, turnaround expert chez Amherst Partners, cité par Andrew Leonard sur Salon.com. La dernière offre du gouvernement US, en effet, signifierait la récupération de quelque 32 cents sur le dollar, alors qu'une récente analyse de Standard & Poor's chiffre entre 30 et 50 cents sur le dollar ce que pourraient récupérer autrement les créanciers de Chrysler...
Et l'observateur de poser la question : «Si trois hedge funds peuvent saboter l'action du gouvernement américain sur un accord concernant Chrysler, que se passera-t-il lorsque le couperet menacera General Motors ? Ou Citigroup ? Ou Bank of America ?»
Chrysler, Wall Street et le «syndrome de la coupe de cheveux»
Les autorités américaines n'auront donc pas réussi à convaincre à l'amiable les créanciers de Chrysler d'accepter d'abandonner 6,9 milliards de dollars de dettes pour gagner 2,25 milliards en liquide. Et pourtant, elles devraient sans doute «sérieusement étudier si elles peuvent imposer des pertes à des créanciers plutôt que d'accepter comme parole d'évangile la vision de Wall Street selon laquelle les haircuts sont mauvaises pour l'économie», interrogeait ainsi Raghuram Rajan, alors directeur de la recherche au FMI et aujourd'hui professeur à l'université de Chicago, en 2005 à l'occasion d'une conférence de la Federal Reserve.Précisons que les haircuts sont, dans le jargon de la place financière US, ces pertes forcées si décriées par les banques outre-Atlantique. Wall Street, et le secrétaire au Trésor Tim Geithner avec lui, a toujours affirmé que ces «coupes de cheveux» sauvages risquent de provoquer une cascade délétère, dans laquelle certains des créanciers touchés deviennent insolvables, tandis que les créanciers d'entreprises en meilleure santé commencent à se demander s'ils seront eux aussi, bientôt, sujets à de telles décisions radicales... Dans la panique qui s'ensuivra forcément, les marchés financiers risquent de geler. Voilà pour la vision officielle des géants de la finance.
Ceci dit, tempère le New York Times , compter sur le seul gouvernement pour renflouer le système économique recèle ses propres dangers. «A long terme, cela pourrait obliger les contribuables à régler une facture énorme. A court terme, cela pourrait détruire le support politique déjà ténu envers le plan de sauvetage des autorités.»
D'autant qu'il ne reste, du plan d'aide au système financier élaboré par le précédent secrétaire au Trésor, le TARP, que 130 milliards de dollars dans les mains de l'administration Obama. A comparer aux pertes supplémentaires probables des banques américaines, soit 1.000 milliards de dollars dans les deux prochaines années (selon les projections du FMI). «Cet abysse signifie une chose : le débat sur les haircuts sera d'actualité pour un moment.»
Les 3 questions sur le «nouveau Chrysler» d'Obama
L'administration Obama avait néanmoins pris les devants et préparé, en détail, une stratégie de sortie de crise au cas où Chrysler tombait sous la protection du Chapter 11 (loi sur les faillites). Un plan axé sur trois piliers : une réorganisation en profondeur des propriétaires du constructeur, la prise de pouvoir de l'italien Fiat au sommet de Chrysler, et l'intervention financière plus que conséquente des Etats américain et canadien.
Objectif : créer un nouveau Chrysler suffisamment solide pour redevenir un compétiteur fiable sur le marché mondial.
Question n° 1 : qui détiendra Chrysler ?
Selon le Washington Post, le fonds de pension du syndicat United Auto Workers recevrait 55 % du capital de Chrysler ; en échange, il renoncerait à la plupart des 10 milliards de dollars que lui doit le géant de Detroit. Une proposition acceptée à une écrasante majorité par le syndicat.
Fiat se retrouverait quant à lui avec 20 % de Chrysler en contrepartie de l'accès à ses technologies en matière de voitures de petite taille et à son réseau de distribution mondial. Si l'entreprise italienne atteint certains objectifs de performance, elle pourrait monter à 35 %. Selon «une source proche du dossier» citée par le Post, la firme turinoise aurait l'intention de nouer une alliance avec sa consœur de Detroit, même en cas de faillite déclarée.Les Etats-Unis, enfin, prendraient eux-mêmes une participation de 8 %, contre 2 % pour le Canada, qui abrite un certain nombre d'activités du groupe.
Question n° 2 : combien de milliards publics Chrysler recevra-t-il ?
Durant la période du Chapter 11, les gouvernements américain et canadien fourniront au constructeur environ 4 milliards de dollars frais, répartis à 80 % pour les Etats-Unis et 20 % pour son voisin du Nord, selon les sources du Washington Post. Lorsque le «nouveau Chrysler» émergera de sa réorganisation, il recevra à nouveau 5 milliards en provenance des Etats-Unis et une somme non précisée venant du Canada.
L'administration Obama a évidemment posé ses conditions à ce sauvetage. Au moins 40 % des volumes de ventes de Chrysler devront ainsi provenir d'usines américaines. La production totale sur le sol US devra atteindre au minimum 90 % du niveau de 2008.
Question n° 3 : qui exercera le pouvoir à la tête de Chrysler ?
Le plan américain prévoit un conseil d'administration de neuf sièges, dont trois réservés à Fiat. Le Washington Post n'a pu savoir qui pourvoira les six postes d'administrateurs restants.
Le Trésor américain avait fait une nouvelle et ultime offre aux créanciers de Chrysler mercredi soir : ils abandonnaient leurs droits sur 6,9 milliards de dollars de dette sécurisée, en contrepartie du versement de 2,25 milliards de dollars en cash, contre 2 milliards auparavant.
Tandis que les quatre grandes banques américaines concernées - JPMorgan Chase, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley - acceptaient ces conditions, les plus petits créanciers du constructeur auto les ont apparemment refusées jusqu'au bout. Parmi eux, des hedge funds, notamment Oppenheimer Funds, Xerion Capital Fund (groupe Perella Weinberg Partners) et Stairway Cap Management.
Certains fonds spéculatifs pensent sans doute qu'ils s'en sortiront mieux avec un dépôt de bilan ou une vente d'actifs de Chrysler qu'avec un tel renflouement, estime Sheldon Stone, turnaround expert chez Amherst Partners, cité par Andrew Leonard sur Salon.com. La dernière offre du gouvernement US, en effet, signifierait la récupération de quelque 32 cents sur le dollar, alors qu'une récente analyse de Standard & Poor's chiffre entre 30 et 50 cents sur le dollar ce que pourraient récupérer autrement les créanciers de Chrysler...
Et l'observateur de poser la question : «Si trois hedge funds peuvent saboter l'action du gouvernement américain sur un accord concernant Chrysler, que se passera-t-il lorsque le couperet menacera General Motors ? Ou Citigroup ? Ou Bank of America ?»
Chrysler, Wall Street et le «syndrome de la coupe de cheveux»
Les autorités américaines n'auront donc pas réussi à convaincre à l'amiable les créanciers de Chrysler d'accepter d'abandonner 6,9 milliards de dollars de dettes pour gagner 2,25 milliards en liquide. Et pourtant, elles devraient sans doute «sérieusement étudier si elles peuvent imposer des pertes à des créanciers plutôt que d'accepter comme parole d'évangile la vision de Wall Street selon laquelle les haircuts sont mauvaises pour l'économie», interrogeait ainsi Raghuram Rajan, alors directeur de la recherche au FMI et aujourd'hui professeur à l'université de Chicago, en 2005 à l'occasion d'une conférence de la Federal Reserve.Précisons que les haircuts sont, dans le jargon de la place financière US, ces pertes forcées si décriées par les banques outre-Atlantique. Wall Street, et le secrétaire au Trésor Tim Geithner avec lui, a toujours affirmé que ces «coupes de cheveux» sauvages risquent de provoquer une cascade délétère, dans laquelle certains des créanciers touchés deviennent insolvables, tandis que les créanciers d'entreprises en meilleure santé commencent à se demander s'ils seront eux aussi, bientôt, sujets à de telles décisions radicales... Dans la panique qui s'ensuivra forcément, les marchés financiers risquent de geler. Voilà pour la vision officielle des géants de la finance.
Ceci dit, tempère le New York Times , compter sur le seul gouvernement pour renflouer le système économique recèle ses propres dangers. «A long terme, cela pourrait obliger les contribuables à régler une facture énorme. A court terme, cela pourrait détruire le support politique déjà ténu envers le plan de sauvetage des autorités.»
D'autant qu'il ne reste, du plan d'aide au système financier élaboré par le précédent secrétaire au Trésor, le TARP, que 130 milliards de dollars dans les mains de l'administration Obama. A comparer aux pertes supplémentaires probables des banques américaines, soit 1.000 milliards de dollars dans les deux prochaines années (selon les projections du FMI). «Cet abysse signifie une chose : le débat sur les haircuts sera d'actualité pour un moment.»
Les 3 questions sur le «nouveau Chrysler» d'Obama
L'administration Obama avait néanmoins pris les devants et préparé, en détail, une stratégie de sortie de crise au cas où Chrysler tombait sous la protection du Chapter 11 (loi sur les faillites). Un plan axé sur trois piliers : une réorganisation en profondeur des propriétaires du constructeur, la prise de pouvoir de l'italien Fiat au sommet de Chrysler, et l'intervention financière plus que conséquente des Etats américain et canadien.
Objectif : créer un nouveau Chrysler suffisamment solide pour redevenir un compétiteur fiable sur le marché mondial.
Question n° 1 : qui détiendra Chrysler ?
Selon le Washington Post, le fonds de pension du syndicat United Auto Workers recevrait 55 % du capital de Chrysler ; en échange, il renoncerait à la plupart des 10 milliards de dollars que lui doit le géant de Detroit. Une proposition acceptée à une écrasante majorité par le syndicat.
Fiat se retrouverait quant à lui avec 20 % de Chrysler en contrepartie de l'accès à ses technologies en matière de voitures de petite taille et à son réseau de distribution mondial. Si l'entreprise italienne atteint certains objectifs de performance, elle pourrait monter à 35 %. Selon «une source proche du dossier» citée par le Post, la firme turinoise aurait l'intention de nouer une alliance avec sa consœur de Detroit, même en cas de faillite déclarée.Les Etats-Unis, enfin, prendraient eux-mêmes une participation de 8 %, contre 2 % pour le Canada, qui abrite un certain nombre d'activités du groupe.
Question n° 2 : combien de milliards publics Chrysler recevra-t-il ?
Durant la période du Chapter 11, les gouvernements américain et canadien fourniront au constructeur environ 4 milliards de dollars frais, répartis à 80 % pour les Etats-Unis et 20 % pour son voisin du Nord, selon les sources du Washington Post. Lorsque le «nouveau Chrysler» émergera de sa réorganisation, il recevra à nouveau 5 milliards en provenance des Etats-Unis et une somme non précisée venant du Canada.
L'administration Obama a évidemment posé ses conditions à ce sauvetage. Au moins 40 % des volumes de ventes de Chrysler devront ainsi provenir d'usines américaines. La production totale sur le sol US devra atteindre au minimum 90 % du niveau de 2008.
Question n° 3 : qui exercera le pouvoir à la tête de Chrysler ?
Le plan américain prévoit un conseil d'administration de neuf sièges, dont trois réservés à Fiat. Le Washington Post n'a pu savoir qui pourvoira les six postes d'administrateurs restants.
Articles en rapport avec Gestion des risques | Management :
[2009-05-17] - gestion des risques : SeaFrance présentera fin mai un plan de redressement aménagé
[2009-05-17] - management :les salariés du groupe PPR manifestent contre les réductions d'effectifs
[2009-05-10] - gestion des risques : Pourquoi Obama laisse Chrysler tomber en faillite...
[2009-05-10] - management : Warren Buffett entre pessimisme et confiance à l'AG de Berkshire
[2009-04-21] - Management de transition: Le manager de transition : un super consultant ?
[2009-04-20] - gestion des risques : GM veut encore des milliards
[2009-04-20] - management : Le sous-traitant Michel Thierry secouru à son tour
[2009-04-01] - gestion des risques : Travailler dans le domaine de la gestion du risque d'entreprise
[2009-03-16] - AIG : 100 milliards de dollars de pertes en 2008
[2009-02-26] - Gestion des risques: les banques n'ont pas tiré les leçons de la crise

