M&A | Fusions acquisitions


Pourquoi le boom des fusions et acquisitions va se poursuivre en 2006

Auteur : Yves de Kerdrel

Du : 31/12/2005

Source : http://lefigaro.fr

Près de 2 600 milliards de dollars. C'est la valeur totale des fusions et acquisitions en 2005. Un montant en croissance de 25 % par rapport à celui enregistré en 2004. Bien sûr on reste loin des 2 950 milliards de dollars échangés en 2000, au plus f


Même les entreprises françaises qui avaient fait preuve de timidité au cours des années précédentes ont repris l'initiative. Pernod Ricard est devenu le numéro deux mondial de son secteur en s'emparant du britannique Allied-Domecq. Suez a pris le contrôle total du belge Electrabel pour plus de 11 milliards d'euros. France Télécom, qui avait laissé de côté la croissance externe depuis 2002 pour se consacrer à son redressement, a investi 6,4 milliards d'euros dans l'espagnol Amena. Saint-Gobain a mené un beau combat pour prendre le contrôle du plâtrier BPB. Et Arcelor a relancé la bataille de la sidérurgie mondiale en partant à l'assaut du canadien Dofasco, également convoité par ThyssenKrupp.

Il y a au moins cinq raisons pour que ce mouvement se poursuive au cours de cette nouvelle année. Deux sont subjectives. Les trois autres sont davantage objectives : elles sont liées à la situation financière tant des prédateurs que des proies. Commençons par celles-ci.

D'abord les entreprises n'ont jamais disposé d'autant de cash. On estime à près de 500 milliards d'euros le montant des disponibilités détenues par les entreprises européennes, et qui dorment en attente d'investissement. Quant aux dettes qui représentaient en 2000 près de 45 % des fonds propres des grands groupes européens, elles ont diminué dans leur bilan. Cette proportion n'était plus que de 30 % en 2005. Et compte tenu des bons résultats engrangés cette année et attendus en 2006, ce ratio d'endettement devrait chuter au niveau de 24 %.

Deuxième raison : les entreprises n'ont jamais dégagé autant d'autofinancement ; ce que les financiers appellent le cash-flow disponible. Et pour cause : après le dégonflement de la bulle Internet et les mauvais résultats affichés par nombre d'entre elles, la priorité a été mise sur la réduction des coûts. La reprise intervenant en 2004 et 2005 dans le sillage de la très forte croissance mondiale a entraîné un effet de levier sur les ressources dégagées par les entreprises pour la croissance. La société de Bourse Exane estime que les principales sociétés européennes vont dégager en 2006 un autofinancement cumulé de 280 milliards d'euros en amélioration de 21 % par rapport à ce qu'il était l'an passé, mais surtout trois fois supérieur à celui constaté en 2000. Ces bonnes performances signifient qu'il y a davantage de prédateurs potentiels, mais aussi davantage de proies de bonne qualité.

Troisième raison objective : les taux d'intérêt restent bas. Cela est dû notamment à l'abondance de l'épargne mondiale estimée à 10 000 milliards de dollars. Et cela signifie que l'argent a rarement été aussi accessible pour financer de bons projets. Surtout s'il s'agit d'aider des sociétés peu endettées à racheter d'autres sociétés dégageant un important autofinancement.

Aces trois raisons purement factuelles s'ajoutent deux raisons plus subjectives. La première, c'est qu'après une période où la croissance externe était considérée comme suspecte par les actionnaires et le marché financier en général, cette tendance s'est progressivement inversée. On l'a vu avec l'accueil réservé par la Bourse aux grandes manoeuvres effectuées par Pernod Ricard ou Suez. Dans un univers capitaliste marqué depuis quelques années par le manque de projets et surtout par une certaine forme du principe de précaution, tous ceux qui ont repris l'initiative ont été soutenus par le marché.

Il y a désormais une prime à celui qui ose à nouveau se lancer dans le grand bain des fusions et acquisitions. Alors qu'il y a trois ou quatre ans, c'était exactement le contraire : tous ceux qui se laissaient tenter par la croissance externe voyaient leurs titres chahutés. Si l'on s'en tient à l'exemple français, cela n'a été le cas cette année ni pour Suez (+ 38 %), ni pour Pernod Ricard (+ 29 %), ni pour Arcelor (+ 24 %), ni même pour Saint-Gobain (+ 13 %) dont l'OPA sur BPB a été plus discutée que les autres opérations. Il en va de même pour les exemples étrangers.

La deuxième de ces raisons subjectives tient au fait que les entreprises ont réalisé qu'elles ne pouvaient pas rester à l'écart du mouvement. La recherche de nouveaux marchés, d'une plus grande offre de produits, d'une taille plus importante est consubstantielle au capitalisme.

Alors bien sûr les bureaux des dirigeants de grands groupes sont pleins de rapports de cabinets de conseil montrant qu'une opération de fusion sur deux est vouée à l'échec. Cela ne les empêchera pas de participer à ce processus schumpetérien de « destruction créatrice » que constitue ce mouvement perpétuel de fusions et d'acquisitions. Sous la pression de leurs actionnaires, des fonds de capital-investissement qui réalisent près d'une acquisition sur deux, ou de la concurrence. Tout cela suffit à expliquer pourquoi le boom des fusions et acquisitions auquel on a assisté en 2005, va se poursuivre en 2006. En apportant un démenti à tous ceux qui voyaient le capitalisme démuni de projet, d'audace et d'ambition.





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