Media | Multimedia


La scission Viacom-CBS pourrait ouvrir une nouvelle ère dans les médias américains

Auteur : Éric Leser

Du : 05/01/2006

Source : http://latribune.fr

Le 3 janvier, Sumner M. Redstone, 82 ans, est parvenu à ses fins. Viacom, le géant des médias qu'il a créé, s'est officiellement scindé en deux entités. D'un côté, Viacom, qui comprend le studio de cinéma Paramount et un réseau de chaînes de télévision câblées, dont MTV et Nickelodeon ; de l'autre CBS, avec les activités plus matures que sont la chaîne généraliste CBS, des stations de radio, la maison d'édition Simon & Schuster et des activités de Viacom dans l'affichage.


M. Redstone reste président des deux sociétés, gérées respectivement par Thomas Freston et Leslie Moonves. Depuis que le milliardaire a dévoilé ses intentions, en mars 2005, l'ensemble de l'industrie américaine des médias a été tentée de suivre son exemple. Après la folie des fusions qui ont marqué la fin du e siècle, l'heure est maintenant aux séparations.

John Malone a adopté la même stratégie pour Liberty Media. Chez le numéro un mondial, Time Warner, un groupe d'actionnaires dissidents conduit par le redoutable Carl Icahn tente d'obtenir la division du groupe en plusieurs entités. Un premier pas symbolique avait déjà été franchi quand AOL Time Warner est redevenu Time Warner. Le groupe cherche maintenant à adosser AOL à un partenaire : google va acquérir 5 % du fournisseur d'accès à Internet, également convoité par MSN (Microsoft).

Tous vont scruter la performance, notamment boursière, des nouveaux Viacom et CBS séparés. L'objectif de M. Redstone est avant tout financier. L'homme d'affaires se plaignait amèrement, ces dernières années, du déclin de l'action Viacom, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis sa fusion à 37 milliards de dollars avec CBS, en 1999. Le groupe, qu'il avait commencé à bâtir en rachetant le studio Paramount en 1994, pour 10 milliards de dollars — il était alors considéré comme un visionnaire —, après avoir atteint un sommet en août 2000, au plus haut de la bulle Internet, n'a cessé de perdre du terrain, les investisseurs estimant que les activités dans la télévision et la radio étaient menacées par les nouveaux médias en termes d'audience et de marché publicitaire.

LE DÉFI DU TÉLÉCHARGEMENT

Wall Street ne croit plus aux groupes de communication globaux — qui font à la fois du cinéma, de la télévision hertzienne et par câble, de la presse écrite, de l'Internet, de la radio, de la musique, voire de la publicité. Le mythe du mariage du contenant et du contenu, et les échecs des "fusions du siècle", pour des dizaines de milliards de dollars, qui avaient vu AOL et Time Warner, Vivendi et Universal et, donc, Viacom et CBS, se rapprocher, ont refroidi les investisseurs.

"Nous croyons que la scission de Viacom va révéler de la valeur cachée", estime ainsi l'analyste Reif Cohen de Merrill Lynch. Mais de nombreux investisseurs ne sont pas convaincus et ne voient dans cette opération qu'une ingénierie financière à court terme. Ils craignent que, chacune de leur côté, les deux nouvelles entités tentent de recréer un nouveau Viacom en multipliant les acquisitions.

En novembre, CBS a ainsi décidé d'acheter un petit réseau de télévision par câble, College Sports Television, qu'il semblait plus logique de trouver dans Viacom. En décembre, Viacom et son studio Paramount ont affirmé aussi leurs ambitions en prenant le contrôle de DreamWorks pour 1,6 milliard de dollars.

Mais le plus grand défi pour les deux groupes, comme pour l'ensemble du secteur, est le téléchargement. Cette révolution technologique peut potentiellement transformer les groupes de médias aussi profondément qu'elle l'a déjà fait pour l'industrie musicale.

Du coup, nombre d'analystes se demandent si M. Redstone n'est tout simplement pas en train de tenter le tout pour le tout, en vue de valoriser ses actifs dans l'intention de les vendre. Le milliardaire octogénaire dément toute intention de quitter Viacom. Son autobiographie, Une passion pour gagner, commence par cette citation : "Viacom c'est moi. J'ai une relation d'amour avec ce métier et cette société." Sa fille, Shari E. Redstone, qui est administratrice de Viacom et de CBS, est tout aussi catégorique.

"Indépendamment de ce qu'ils disent, quelles que soient même leurs intentions aujourd'hui, vendre est une réelle éventualité, estime le spécialiste des médias Richard Routh, de Jeffries & Company. Sumner a organisé la séparation de telle façon que cela semble même parfaitement logique."





Toutes les informations concernant la rubrique "Tom Cruise"



[04/09/2006] Tom Cruise, lâché par Paramount, scelle un pacte avec des investisseurs
[05/01/2006] La scission Viacom-CBS pourrait ouvrir une nouvelle ère dans les médias américains
[13/12/2005] Paramount rachète Dreamworks